Cette année, nous commémorons le 70ème anniversaire des premières fusillades massives qui ont endeuillé notre pays au cours de la seconde Guerre mondiale. Malgré l’usure du temps, la mémoire des héros de l’ombre demeure vivace, y compris parmi les jeunes. Ainsi, il est réconfortant que des établissements scolaires portant le nom de Guy Môquet aient tenu à déposer des gerbes dans la clairière de Châteaubriant, le 23 octobre dernier.
Au cimetière parisien d’Ivry, les troupes d’occupation ont enseveli 828 patriotes passés par les armes en différents lieux de la région parisienne. Les corps provenaient des forts du Mont-Valérien et Vincennes, de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry…et d’ailleurs. Résistants authentiques, fusillés pour des raisons diverses, ils se battaient non contre le peuple allemand mais contre le nazisme, pour la liberté, la démocratie, le progrès social, un monde débarrassé de tous les racismes. Ils appartenaient à toutes les couches sociales de la population, à toutes les familles de pensée, à tous les engagements. Ils étaient la France dans sa diversité, dressée au fil des jours contre l’oppresseur nazi et ses collaborateurs pétainistes. Comment oublier que nombre d’entre eux ont été arrêtés par la police française avant d’être livrés à la Gestapo et aux tribunaux allemands et français ? Comment oublier la rafle du Veld’hiv et ses conséquences tragiques ?
Quand on circule dans ce cimetière, il est difficile de ne pas être frappé par le nombre de noms à consonance étrangère. La diversité de la Résistance tenait aussi à la variété des origines nationales de ses combattants : ils venaient de partout. Beaucoup avaient fui la dictature de leur pays allié au régime hitlérien.
Ici se trouvent les tombes des combattants FTP-MOI fusillés le 21 février 1944, les « étrangers » du groupe Manouchian. Représentant la diversité de la Résistance sur notre sol, ils sont notre fierté. Savez-vous qu’un des plus jeunes exécutés, condamné à la suite du procès de la Maison de la Chimie, se nommait Karl Schoenhaar ? Il était Allemand. Ses parents avaient fui le régime nazi ; il continua leur combat sur le sol français. Il a été fusillé à l’âge de 17 ans.
Le combat quotidien de ces hommes préparait l’avenir. Sous l’égide de Jean Moulin, représentant du chef de la France libre, unis au sein du Conseil National de la Résistance, ils adoptèrent un programme mis en œuvre à la Libération par le gouvernement du Général de Gaulle. L’esprit de ce programme novateur est toujours d’actualité : notre système social en est l’héritier direct. Reprenons ce message de fraternité et d’espoir. Le combat n’est pas terminé : « Résister se conjugue au présent, nous ont appris Lucie Aubrac, Stéphane Hessel et leurs amis ». Regardons autour de nous, les raisons d’inquiétude sont multiples. En Europe, des partis dont la philosophie est basée sur le refus de l’étranger, la haine de l’Arabe ou du Juif, refont surface et séduisent des électeurs. Souvenez-vous du massacre perpétré en Norvège par un nostalgique du « pouvoir blanc »… Il nous revient d’être des ambassadeurs de la mémoire et de porter les idéaux pour lesquels ceux qui reposent ici ont donné leur vie.
Un recueil de dernières lettres de fusillés porte en titre : « La vie à en mourir ». Oui, ils aimaient la vie. Ils n’étaient pas « des terroristes ». Ils voulaient un monde meilleur pour tous. Ils voulaient vivre. Cet amour était sans partage. C’est ce qui faisait la force de leur engagement. Ne les oublions pas et soyons dignes de leur combat.
Georges Duffau-Epstein















